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Rhum
Tartane - Une histoire peu commune
Texte extrait de l'encyclopédie "Canne
Sucre Rhum" Editions du Ponant.
"Rhum
! Tartane ! Mots magiques. . . Evocation des corsaires, des pirates
et autres flibustiers de la Caraibe. Dubuc, son chateau, ses trafics
en tout genre. . . Plusieurs siècles de vie antillaise entoureront
votre visite. . .
Et, comme par une espèce de magie, l 'Histoire se perpétue.
. .
Comme si rien ne pouvait échapper au déroulement inéluctable
du temps...
Si vous avez la chance
de rencontrer Gaston Hardy, le responsable de cette distillerie,
il pourra vous décrire maints et maints événements
qui se déroulèrent dans « le grand Cul-de-Sac
».
Marie Bonnard, la femme de Duparquet, avait compris, des 1658, tout
l'intéret d'une telle région. Alors, on en chassa
les malheureux Caraïbes.
Puis, on y installa des
habitants mais aussi des immigrés, en particulier ceux venus
du Brésil, ces Juifs hollandais qui donnerent le nom de leur
pays d'origine à un quartier, mais qui, surtout, amenèrent
avec eux le « secret » de la fabrication du sucre.
Quelle plus grande dynastie régna a la Martinique que
celle des Dubuc, maîtres à trente lieues a la ronde
?
Pierre, compagnon de d'Esnarnbuc ; son fils, prénommé
aussi Pierre comme le voulait la tradition pour un aîne ;
son petit-fils, Jean, dit Dubuc de l'Etang ; son arriere-petit-fIls,
Jean-Baptiste, dit le Grand Dubuc, futur secretaire d'Etat ; enfin,
le fils de ce dernier, Louis-François, dit Dubuc de Marcussy.
Deux cents ans
de règne (1635-1830) ; une politique sans loi ; un trafic
sans comparaison une richesse et un declin sans exemples... Dans
cette region qui ne vivait que par le sucre, et pour le sucre, Emilien
Bonneville décida un beau jour de 1860 que le monde devait
changer.
Pour cela, il fit installer une machine a vapeur, génératrice
d'énergie pour l'unique moulin. Fabriquée en 1856,
elle ne devait « mourir » qu'en 1950, soit près
de un siècle plus tard.
Comme M. Bonneville n'avait eu que trois filles, il vendit la propriété
en 1905.
Entre-temps, cependant, la région avait été
devastée par les terribles cyclones de 1891 et de 1903.
L 'acquéreur se nommait M. Gaston Hardy et était alors
agé de trente-cinq ans (il est né en 1870). Helas
! deux incendies au cours des années 1922 allaient l'obliger
à abandonner la rhumerie.
Ce ne fut qu'en 1927 que son fils, Gaston, se décida a reprendre
l'affaire familiale.
Après de solides études à l'Ecole des ingénieurs
d'Etat, il récupéra le matériel assoupi et
lui rendit vie.
Ainsi se remit à fonctionner un moulin de 1866, qui avait
été fabriqué à Saint-Pierre, par les
Etablissement Meyer .
Actuellement,
1 200 tonnes de canne issues de faire-valoir direct sont broyées
chaque année, ce qui représente 120.000 litres à
55°.
Si le moulin de 1866 succomba en 1950, ii dut son remplacement à
un materiel livré par l'entreprise Fives-Lille. La fermentation
s'échelonne sur une durée de quarante-huit à
soixante-douze heures et une extraordinaire colonne - « Ma
bien-aimée », comme l'appelle M. Hardy distille depuis
1919.
Le stockage s'opère dans des foudres d'une contenance de
20 000 litres chacun.
Il se fabrique très peu de rhum vieux. Une dizaine de personnes
s'occupent du bon fonctionnement de la rhumerie. Si vous avez un
peu de temps (et il serait dommage que vous n'en ayez pas), faites
un détour par Tartane.
Longez la plage ourlée des fIlets que les pêcheurs
recousent et arrétez-vous à l'ombre d'un manguier
séculaire. Alors, vous « entendrez » une cheminée
fumer, une colonne distiller ou une mouette crier.
Et puis, entamez la conversation avec cet homme qui aime tant son
pays. Il vous parlera de la vie avec timidité et nostalgie.
Tout cela n'est qu'apparence : en fait, il est profondement heureux...
Mais, ne l'oubliez pas, la saison canniere est éphémère,
elle ne dure que de fevrier à mai.
Pour M. Hardy, c'est bien suffisant... "
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